Qu’est ce qu’un Médiateur ?

Après vous avoir brièvement expliqué ce qu’était la Médiation, je vais vous expliquer ce qu’est, pour moi et selon nos Codes de Déontologie, un Médiateur.

Définir le médiateur revient à égrener ses compétences, ses talents et les règles qu’il s’est engagé à respecter. Mais cela ne nous dit pas qui il est. Je vais m’y essayer en partant des principales fonctions qu’il doit remplir.

Ce qu’est le médiateur

Le médiateur satisfait diverses conditions nécessaires pour assurer une mission de médiation. Ce sont les normes que lui impose le Code National de Déontologie du Médiateur auquel il adhère en entrant dans un Centre de Médiation ou une association de médiateurs. Il doit justifier d’une formation initiale et continue de qualité.

Ces conditions sont pour l’essentiel :
Qualités morales : respectabilité, honnêteté, loyauté, humanisme, empathie…
Conditions qualitatives : liberté, indépendance, neutralité, impartialité, écoute, respect, confidentialité, sens du dialogue, responsabilité et les compétences requises dans l’exercice du métier de médiateur…

Comme le souligne Arnaud Stimec, le médiateur est plus qu’un « accordeur », il est un « orchestrateur ». Il fait renaître le dialogue entre les médieurs en tenant la baguette de chef d’orchestre. Sa méthode n’est ni instigatrice, ni autoritaire. Il n’a aucun pouvoir de décision. Selon Jean-Pierre Bonafe-Schmitt, chercheur au GLYSI-CNRS, il œuvre au moyen d’une « justice douce ».

Le médiateur, une troisième personne ?
Pour Jean-François Six, le médiateur est un « troisième homme » qui n’est pas partie prenante et qui n’a pas de pouvoir. Un être qui a le sens des réalités, qui est détaché du litige, capable d’empathie, souple et adaptable, optimiste, humble, inventif, patient, qui a le sens de la hiérarchie des valeurs et qui reste capable d’autorité sans être autoritaire. Il sait rester indépendant, neutre, à l’écoute, s’exprimer clairement, ne pas trop parler et, bien entendu, il doit être formé à la médiation.

Outre son expérience personnelle, les compétences d’un médiateur sont celles qu’il acquiert lors de formations initiales et continues dispensées par des organismes de formation reconnus. C’est aussi le respect de la déontologie et un savoir-faire lié à l’expérience qu’il a acquise dans un métier, une profession, qu’il a exercée pendant plusieurs années.

S’y ajoutent d’autres qualités indispensables : responsabilité, humanisme, courtoisie, empathie. Le médiateur n’oublie pas qu’il ne détient pas la vérité, il ne recherche pas la vérité, il n’a aucun pouvoir, il ne conseille pas, il ne donne pas de solution, il ne signe pas le protocole, il n’est ni juge, ni avocat, ni arbitre, encore moins psychiatre ou psychologue bien qu’il doive en avoir certaines des qualités.

Il recherche les besoins et les intérêts des médieurs en sachant que le problème des participants est le leur, non le sien, d’où sa neutralité bienveillante. Il ne s’implique pas dans le différend, dans le conflit Il est une aide, un accompagnant, vers le règlement du conflit. Présenté comme garant du processus de médiation, ce processus est pour lui un fil rouge, non un carcan. C’est un cadre souple qui lui permet de savoir quelles étapes ont été franchies au cours de la médiation.

Etre médiateur requiert également l’assimilation des postures du médiateur que sont la multi-partialité, la distanciation vis-à-vis du tiers. C’est encore son choix d’être facilitateur, accoucheur ou aviseur, selon la situation, sa personnalité et celles des personnes qu’il va rencontrer en médiation. Un être humain qui a l’habitude de diriger des équipes sera sans doute plus directif et plus enclin à suivre un processus structuré. Un professeur, un enseignant, sera plus didactique, plus tourné vers la transmission des outils de la médiation. Un médecin, un infirmier, sera tenté d’œuvrer en médiation comme un soignant. Un assistant social orientera la médiation vers la recherche de la Paix sociale. Un avocat aura tendance à parer l’aspect juridique du problème…

Le médiateur, quelle que soit sa profession initiale, doit saisir la culture (coutumes, traditions) dans laquelle évolue le conflit. Il n’est pas possible de médier avec un Japonais comme avec un Français ou un Marocain. Par exemple, sourire à un compliment dans des pays asiatiques signifie être suffisant ; on ne se serre pas la main dans d’autres contrées car tout contact physique y est considéré comme grossier ; ailleurs, il faut respecter un certain ordre dans la prise de parole ; dans d’autres, ne pas proposer un thé ou un café pendant une négociation est signe d’inhospitalité… Alors, le médiateur est-il un caméléon ? Oui et non, en prenant garde de ne pas y perdre en route sa personnalité et le processus.

Le médiateur, un tiers ?
Dans le vocabulaire courant, le « tiers » peut avoir une signification ambivalente. C’est la troisième partie d’un tout, une troisième personne ou une personne étrangère. En droit français, le tiers est considéré comme quelqu’un d’extérieur aux parties en litige : « le droit des tiers », « l’intervention d’un tiers », la « décision opposable aux tiers ». Un « intermédiaire » est quelqu’un d’autre que les parties concernées. Il intervient indirectement ou directement dans le problème, en faisant passer une information de l’un à l’autre ou en ayant son mot à dire ou encore en subissant les conséquences, les suites, d’un évènement.

Dans un article intitulé, « le 4e singe », Stéphane Hairy montre que le raisonnement ternaire fait dépasser la dichotomie de la pensée binaire (blanc-noir, bien-mal), en réfléchissant « hors du cadre », en faisant intervenir le « tiers exclu », « le troisième choix » qui rend possible une troisième voie, souvent originale, inattendue, toujours plus favorable pour tous.

Symboliquement, le nombre trois est représenté sous la forme d’un triangle avec trois angles. Le 3 naît de l’union du 1 et du 2 qui se joignent au sommet du triangle. Le nombre 3 dépasse la simple somme du 1 et du 2 et augmente leurs possibilités individuelles en y ajoutant une valeur supplémentaire. Cette troisième voie est donc le résultat mais aussi la valeur ajoutée obtenue par la mise en présence de 1 et 2 quand ils donnent naissance à 3. Je me risquerai à la comparaison d’un père et d’une mère qui donne naissance à un enfant. Cet enfant sera la conjonction de ses deux parents avec un plus qui sera sa personnalité, ses qualités, qui peuvent aller au-delà des espoirs de ses deux parents. Ainsi, quand les médieurs ne se font plus face mais collaborent, coopèrent, ils obtiennent, par la somme de leurs individualités, de leur alliance, un résultat allant au-delà de la simple addition de leurs positions personnelles et propositions individuelles. D’autres solutions que celles qu’ils avaient jusqu’alors envisagées, apparaissent.

Le médiateur est-il un tiers, un troisième homme ? Son absence de pouvoir fait qu’il n’est que le garant du processus qu’il met en œuvre pour aider les médieurs à trouver une autre voie, d’une autre voix. Il devient un fil de courant neutre, entre le fil rouge et le fil bleu, celui qui permet leur convergence au-delà de leurs divergences, l’union féconde de leurs oppositions.

Mais alors qui est le tiers en médiation ? Certains estiment que le tiers serait le conflit lui-même, l’objet-tiers qui s’interpose entre les médieurs.

Je ne tranche pas sur l’épineuse question du tiers en médiation mais, en revanche, je peux vous dire ce qu’il n’est pas.

Ce que le médiateur n’est pas

✓ Il n’est ni un juge, ni un arbitre
Nous avons vu précédemment que, contrairement à un juge, il n’a aucun pouvoir : Il n’impose rien, il ne suggère pas (ou rarement), il ne sanctionne pas et, surtout, il ne juge pas et ne prend pas de décision.

✓ Il n’est pas un expert
Une fois l’expertise faite, l’expert rend son rapport au juge. Certes, le médiateur peut remettre un compte-rendu à un juge, mais ce ne sera pas le travail d’un expert, spécialiste d’une matière à qui l’on demande de donner son avis sur un sujet précis. En conclusion de son rapport, l’expert donne les solutions qu’il envisage pour résoudre le problème. Le médiateur ne rend compte que des solutions trouvées et choisies par les médieurs.

A quelques exceptions près, selon la matière ou le cas qui lui est présenté, le médiateur ne conseille pas. Il donne encore moins la solution. Par contre, le médiateur peut faire appel à un expert d’une matière particulière (en matière financière, de construction, en droit…) pour que les participants à la médiation puissent résoudre au mieux leur problème.

✓ Il n’est pas un avocat
Une fois encore, le médiateur ne conseille pas, il n’a pas de position dominante, il est à égalité avec les médieurs. Il ne vous indique pas la marche, la procédure, à suivre. Il ne vous défendra pas et ne prendra pas fait et cause pour telle partie plutôt que telle autre puisqu’il doit rester impartial, neutre et indépendant.

✓ Il n’est pas un psychologue encore moins un psychiatre
Le médiateur va devoir faire face à bien des situations délicates. Quand bien même serait-il psychiatre et médiateur, il n’aurait pas le droit d’utiliser ses outils de psychiatre pour « réparer » la situation comme il pourrait le faire en tant que médecin. Sa fonction n’est pas celle d’un psychologue qui assiste des patients dans un but thérapeutique. Mais le médiateur ne pourra faire face à certaines situations s’il n’y est pas un tant soit peu formé dans ce domaine. Certains de mes confères le définissent comme un « thérapeutès ». Cette personne nettoyait les statues des dieux dans la Grèce antique. Ascétique, elle avait appris à travailler sur elle-même pour être en capacité de prendre soin des êtres humains. Le médiateur, comme beaucoup des praticiens des modes amiables de résolution des différends, est une sorte de coach, d’entraîneur, d’accompagnant. Il n’est pourtant pas un médecin qui, lui, se situe entre le malade et la maladie en lui donnant un traitement. Le médiateur aide, il ne soigne pas.

✓ Il n’est pas un assistant social
Le médiateur n’indiquera pas comment s’y prendre pour avoir tel ou tel avantage, telle ou telle aide de la part de l’état ou d’un organisme. Il n’est pas là pour aider à remplir des fiches ou des formulaires, ni pour faire une évaluation de la situation, pour en rendre compte à son supérieur hiérarchique (s’il en a un…) ou à une commission quelconque. Le médiateur accompagne, il n’assiste pas.

✓ Il n’est ni confident, ni prêtre
Sa mission n’est pas de recevoir les confidences comme le ferait un confident, un ami ou un prêtre. Il n’est pas là pour soutenir une personne ou soigner des âmes en détresse. Son travail est celui de quelqu’un qui écoute, avec une écoute totale, de qualité, qui questionne, afin d’aider les personnes en présence à résoudre le problème qui les font se confronter.

✓ Le médiateur n’a aucun pouvoir
De par son indépendance, le médiateur ne doit avoir aucune action, aucune influence, sur la décision des médieurs ou le devenir de leur relations. Fil neutre au milieu de ces courants, ô combien électriques, le médiateur doit pousser sa neutralité jusqu’à l’absence totale de couleur dans la mise en œuvre de son processus. Cette transparence se traduit, entre autres, par une absence de pouvoir, l’interdiction d’agir sur la décision ou le choix d’une solution par les médieurs.

Bien sûr, il s’agit d’un absolu toujours difficile à atteindre bien qu’on se soit engagé à respecter le codes de déontologie du médiateur. C’est ce pourquoi Jacques Salzer, Alain Pekar-Lempereur et Aurélien Colson dans leur livre, « Méthode de médiation, Au cœur de la conciliation » conditionnent cette neutralité, précisant : «  que ce modèle éthique absolu du médiateur » reposerait sur « une « éthique de la communication »… «  et une éthique du respect de l’autre ».

Le tiers-médiateur est là uniquement pour aider des personnes à prévenir, résoudre, leur différend, leur conflit, préparer un projet ensemble dans de bonnes conditions. Il accompagne les participants lors d’une médiation. « Accompagner » signifie « manger le pain avec« . On imagine que le médiateur aidera les médieurs à fabriquer leur pain blanc…

Auteur : Chantal JAMET

Avocate honoraire, Mediateure près la Cour d’Appel, agréée par la Fédération Française des Centres de Médiation (FFCM) et le Centre National de Médiation des Avocats (CNMA), Formatrice répertoriée sur le Datadock, Présidente du Centre de Médiation et de Formation à la Médiation AMI-MEDIATION, fondatrice du Centre de Médiation EGREGOREIN, Je peux vous aider à régler vos conflits. Je vous forme à la Médiation.

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