Procès vs Modes Amiables de Justice

Je regardais hier un documentaire (toujours) magnifique d’Arte sur l’évolution de l’homme. La conclusion en était que, si l’espèce humaine n’avait pas été conçue pour s’adapter, elle aurait disparue depuis longtemps de la planète Terre. Notre histoire montre que, chaque fois qu’il s’accroche à ses habitudes, ses certitudes, l’être humain se perd. Pour survivre, il est obligé de s’adapter.

Je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement avec les épisodes de « guerres » que nous vivons dans bien des domaines depuis trop longtemps. A commencer par une opposition quasi systématique vis-à-vis de nos dirigeants.

Notre actuel Président se veut visionnaire. Il imagine un futur pour la France. Sans doute lui et nous ne nous comprenons-nous pas. C’est cependant un homme qui a saisi que la guerre était d’un autre temps. Il est passé maître dans l’art de l’ « amiable composition », de la négociation, avec sa ténacité, sa force de persuasion et sa capacité à cerner rapidement l’enjeu d’une situation.

Lui opposer (quel que soit le domaine : SNCF, Syndicats, AIR France, Enseignement, Justice, Armée…) la guerre, l’affrontement, le procès, n’y fera RIEN !

Apprenons comme lui à négocier, à maîtriser l’art de la conciliation, des processus collaboratifs, de la médiation… et nous serons tous gagnants ! Tous, parce que, en fin de compte, quelles que soient la sincérité et la légitimité des enjeux de chacun, ce sont nous, les consommateurs, qui sommes les éternels perdants.

Voir les modes dits « amiables », « alternatifs », « pacifiques » uniquement comme des moyens de diminuer l’endettement de l’Etat (donc le nôtre), le pouvoir des syndicats, des « œuvriers » quels qu’ils soient, est un réflexe qui reflète notre peur de ce qui est nouveau et remet en cause nos modes habituels de fonctionnement, de raisonnement.

La guerre, le rapport de force, le procès, permettant de vaincre son adversaire sont un leurre que nos ancêtres et nous-mêmes, avocats, magistrats, notaires, huissiers… avons fait perdurer, pensant pouvoir rester les maîtres du jeu. C’était sans compter avec l’évolution de notre humanité.

Ce n’est pas par hasard que la « Justice douce » revient en force depuis quelques décennies. Elle est la négation de la guerre, l’abandon obligé de ce mode ancestral de règlement des conflits, le désir des particuliers de s’approprier leur conflit, de ne plus recevoir la justice immanente venue d’en haut. C’est ce pourquoi la place donnée aux modes pacifiques de règlement des conflits, dits « amiables », devient inexorablement de plus en plus importante.

Une remise en cause radicale de notre façon d’aborder le conflit s’impose à nous pour pouvoir l’apprivoiser, permettre que, d’anciens adversaires, contradicteurs, nous devenions des partenaires.

Pour accepter cette transformation de notre façon d’appréhender le monde, nous devons commencer par NOUS transformer. Ce n’est pas facile, je vous l’accorde car il s’agit d’une vigilance de tous les instants.

Comme médiateur, comme être humain tout simplement, nous devons oser nous remettre en cause. C’est ce pourquoi, devenus médiateurs, nous faisons des analyses de pratiques, des « supervisions », des « inter-visions » pour observer notre travail, savoir s’il est valable, si l’on n’a pas fait d’erreur, si l’on n’a pas imprimé son vécu personnel sur celui des médieurs, débusquer ses a priori, se donner ainsi les moyens d’évoluer, de changer de trajectoire… En un mot, faire autrement pour faire de son mieux et obtenir le meilleur.

Ce n’est jamais simple mais le résultat est à la hauteur de la remise en cause de nos habitudes, nos idées reçues ou toutes faites.

Querelleurs, plaideurs… notre histoire est jalonnée de guerres, de procès. Ces traditions n’ont jamais laissé que des perdants de chaque côté. Les acquis dont chacun se prévaut ne l’ont été que par la négociation, non par la guerre. La guerre laisse des morts, la négociation, la médiation, des vivants. C’est quand nous abandonnons les armes, l’opposition systématique, nos positions fermes et définitives, que la paix peut éclore et l’humanité prospérer.

Les modes alternatifs, amiables, pacifiques, de prévention et de règlement des conflits sont là pour nous y aider. Saisissons-nous de ces outils aux résultats probants (70 à 80 % de réussite) !

Une petite histoire de médiation vécue pour mieux saisir les enjeux de ces Modes Amiables de Justice (MAJ) :

Un propriétaire et un locataire n’arrivaient pas à régler un conflit qui les opposait au sujet de loyers et de charges. Ceux-ci étaient considérés comme impayés par l’un, non dus par l’autre.
Deux procédures judiciaires avaient été engagées par les protagonistes du conflit avec l’aide de leurs avocats. Et la guerre a commencé :
– un référé du locataire, devant le Président du Tribunal d’Instance, en annulation du commandement de payer du propriétaire,
– une procédure entamée par le propriétaire, sur le fond, pour obtenir l’éviction du locataire devant le Tribunal d’Instance.
Au bout de dix-huit mois de procédures, ponctuées d’échanges de pièces, de conclusions accusatoires, d’invectives, de colères, sans que cette affaire ait trouvé un début de solution, un des avocats proposa à son client une médiation, ce que celui-ci accepta. L’autre partie, plus réticente, laissa passer encore quelques mois. Les échanges de conclusions et pièces continuant, l’affaire leur coutant très cher, le second avocat et son client acceptèrent qu’une médiation soit entamée.
En médiation, les participants commencèrent par rester figés sur leurs positions. Un « dialogue de sourds » s’installa. Le médiateur leur proposa alors un voyage dans leur passé : « Quelles étaient vos relations avant ce problème ? ».
Les deux médieurs répondirent qu’ils s’entendaient bien et qu’ils avaient même des relations presque familiales.
La propriétaire, une femme d’un certain âge, et la locataire, une jeune fille, se sourirent involontairement au souvenir de ces moments de complicité partagée.
Alors le dialogue fut tout autre, le ton différent, chacun se mit à exposer ses vraies raisons, ses impératifs, ses difficultés, ses risques : « Vous comprenez, c’est le seul revenu que j’ai pour compléter ma petite retraite » dit la dame. La jeune fille avoua qu’elle avait des difficultés pour payer son loyer.
Avec l’aide des avocats sur l’aspect comptable du dossier, au bout d’un seul entretien d’1h20, le médiateur les ayant aidé à ne pas rester sur leurs positions, des accords furent  trouvés et un protocole d’accords signé.
Ces personnes ont quitté la médiation en ayant examiné tous les aspects de leur conflit, s’accordant sur la façon de régler leur litige. Le contrat de locatif maintenu, la locataire restant dans l’appartement, ayant terminé le processus satisfaites, apaisées, elles se sont embrassées affectueusement.
Voilà ce que permet un processus amiable mené par un médiateur agréé, bien formé, en présence d’avocats qui, abandonnant leur cuirasse de défenseurs, ont su redevenir des conseils.
Alors, s’il vous plaît, pourrions-nous abandonner nos armes de guerriers pour saisir les outils de partisans des modes amiables de prévention et de règlement de nos conflits ?
Par avance, un grand merci pour les victimes de ces combats surannés.

 

Auteur : Chantal JAMET

Avocate honoraire, Mediateure près la Cour d’Appel, agréée par la Fédération Française des Centres de Médiation (FFCM) et le Centre National de Médiation des Avocats (CNMA), Formatrice répertoriée sur le Datadock, Présidente du Centre de Médiation et de Formation à la Médiation AMI-MEDIATION, fondatrice du Centre de Médiation EGREGOREIN, Je peux vous aider à régler vos conflits. Je vous forme à la Médiation.

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