La méditation, une aide à la médiation ?

Voilà deux mots très semblables. Seule une lettre les différencie. Ils ne veulent pas dire la même chose et n’ont, semble-t-il, pas la même fin. Pourtant leurs méthodes peuvent interférer dans la pratique du médiateur.

Thomas FIUTAK, médiateur, Professeur de l’Université de Minneapolis nous la propose sans prononcer son nom. Il la présente sous la forme d’un temps que le médiateur doit s’accorder, notamment avant et après une médiation.

Qu’ont elles en commun ? Comment la méditation peut-elle être utilisée en médiation ?

Qu’est-ce que la Médiation ?

Un processus souple, structuré ou non, formé ou non d’étapes successives, qui permet d’examiner une situation dans ses trois temps, son passé, son présent, pour envisager l’avenir.

La médiation réunit de trois à plusieurs participants.

Elle est faite d’entretiens confidentiels au cours desquels ces participants s’expriment, aidés par un ou plusieurs médiateurs, neutres, indépendants, impartiaux, sans pouvoir de décision.

Elle permet de préparer un projet, de prévenir ou de régler un différend, un conflit.

Elle tend à faire renaître un dialogue perdu, d’aider à renouer des relations ou se quitter dans les meilleures conditions possibles.

Elle peut être faite avec des réunions en présence de tous, d’entretiens individuels, en navette, au moyen de la visioconférence ou par téléphone.

Ses principaux outils sont l’écoute, la reformulation, le questionnement, le brainstorming…

Elle peut se terminer par un accord écrit ou verbal. Cet accord peut être homologué par un juge.

Qu’est-ce que la Méditation ?

Un ensemble de techniques fondées sur le souffle, la centration sur soi, sur le moment présent, permettant de retrouver son calme, d’être en possession de soi, en regardant passer ses pensées tels des nuages, sans jugement, sans lutte, en les acceptant pour ce qu’elles sont, de façon à améliorer sa créativité, son acceptation de soi et des autres tels que l’on est et tels qu’ils sont. La méditation dite de « pleine conscience » consiste à se concentrer sur soi, (son souffle, un point de son corps…), sans se focaliser et juger nos pensées qui passent en un flot incessant dans notre cerveau.

La méditation est une aide utile, un point d’ancrage, certains ajoutent qu’elle contribue à la guérison d’un individu.

Ses outils sont proches de ceux de la médiation : l’écoute de soi, la centration, l’empathie vis à vis des autres et de soi-même, le non-jugement, le respect…

Quand la médiation peut-elle intervenir dans une médiation ?

1 – Avant la médiation :

– Pour les médiateurs :

La méditation permet de se centrer sur soi-même avant de remplir une mission de médiation, de s’accueillir pour mieux se concentrer sur les personnes que l’on va accueillir pendant la médiation :

  • En commençant par « Qui sommes-nous ? » : en nous acceptant tels que nous sommes, avec notre histoire, notre personnalité, notre affect, nos apriori, nos formations…
  • En continuant par « Comment sommes-nous ? » : dans quel état suis-je aujourd’hui ? j’ai ma vie quotidienne, mes soucis, mes occupations et pré-occupations… que je mets de côté pour m’ouvrir aux participants à la médiation
  • En poursuivant par « Que sommes-nous ? » : En gardant en tête que nous sommes égaux, au même niveau, que les personnes que nous allons recevoir, avec humilité.
  • En nous rappelant « Pourquoi nous faisons cela ? » : Non dirigé par un intérêt personnel (financier, relationnel, égotique…) mais par :
    • Altruisme
    • avec Empathie
    • Don de soi car la médiation et la méditation sont un don de soi à l’autre et à soi-même.

Pour les médieurs, les participants à la médiation :

La méditation permet :

  • De reprendre le contrôle sur soi-même,
  • De se mettre ou se remettre en capacité d’utiliser toutes ses potentialités : ce que les anglo-saxons appellent l’ « empowerment » (avoir le pouvoir sur soi),
  • D’aborder la médiation de façon un peu plus apaisée – Thomas FIUTAK parle d’une « arène de la médiation » car elle commence souvent comme un combat,
  • D’être l’acteur du règlement du différend, que l’on a en commun avec une autre personne, d’ouvrir ou de ré-ouvrir la communication avec ses potentiels partenaires – que l’on poursuive ou non des relations, son voisin, sa mère, le père des enfants, de ses petits-enfants, l’associé, le resteront ou pourront le rester.

2 – Pendant la Médiation :

Au commencement de la Médiation, l’atmosphère est souvent lourde, irrespirable, chargée en émotions, tant pour les médieurs que pour les médiateurs. Le (les) médiateur(s) peut (vent) proposer une pause-café, des entretiens individuels séparés (en aparté), voire proposer aux médieurs de les accompagner dans une courte méditation, s’ils le veulent bien. Ce moment de silence, ce temps suspendu, sera toujours bénéfique pour tous.

Il conduira les participants à se décontracter, à mettre à distance leurs émotions ou, au moins, à en diminuer l’intensité.

Le médiateur ne doit pas avoir peur ou honte d’énoncer ce qu’il ressent, de mettre des mots sur ce qu’il perçoit, ce qu’il sent, d’en faire part aux participants à la médiation.

Quand je sens les médieurs stressés, préoccupés, pas ou plus en état de suivre la médiation, il m’arrive de proposer une méditation de 3 à 4 minutes.

Je peux dire : « Je sens une certaine tension (ou ce qui vient d’être dit est fort…). voulez-vous que nous prenions quelques instants pour prendre en compte ce que cela éveille en nous, ce que nous ressentons ? En êtes-vous d’accord ? ». Ayant recueilli leur assentiment, – aucun médieur ne refuse – ce temps permet de « digérer » ce qui vient d’être dit, de gérer ce que cela génère en lui. Je respire alors plus fortement en donnant un rythme à ma respiration. Assez rapidement tous suivent ce rythme et certains ferment même les yeux. L’apaisement… Chacun est plus apte à continuer la médiation. Les choses sont alors dites de façon plus distanciée, réfléchie, objective.Le médiateur peut continuer par des questions qui seront mieux perçues puisqu’elles ne seront pas posées « à chaud », sur un être atteint, touché, blessé, par ce qu’il vient d’entendre.

Le silence est le meilleur des remèdes. La méditation permet, dans le quasi silence qu’elle entraîne, en se centrant sur soi, sur sa respiration, « de reprendre ses esprits », de ne pas laisser son cerveau prendre la main, de divaguer, d’hypothéquer la suite de la médiation.

Cette acceptation de nos pensées sans les laisser nous prendre par surprise, sans laisser le cerveau juger, poser des ultimatum, se congratuler ou critiquer, échafauder une histoire qui n’a rien de réel puisqu’elle est construite par un esprit échauffé, nous permet d’évoluer, de ne pas nous figer dans la colère et le ressentiment.

Cette concentration sur notre respiration permet de retrouver le calme, la mise à distance de son imaginaire, de redevenir suffisamment objectif, pour être capable d‘entendre, si ce n’est admettre, le point de vue de l’autre puis d’accepter de chercher des solutions qui seront valables pour tous.

3 – Après la médiation

La médiation est également utile au médiateur après chaque rendez-vous de la mission qui lui a été confiée, pour se retrouver et se détacher de la rencontre qui vient de se terminer.

La méditation en médiation vous essayez quand ?

Auteur : Chantal JAMET

Avocate honoraire, Mediateure près la Cour d’Appel, agréée par la Fédération Française des Centres de Médiation (FFCM) et le Centre National de Médiation des Avocats (CNMA), Formatrice répertoriée sur le Datadock, Présidente du Centre de Médiation et de Formation à la Médiation AMI-MEDIATION, fondatrice du Centre de Médiation EGREGOREIN, Je peux vous aider à régler vos conflits. Je vous forme à la Médiation.

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